Présentation
« J’y étais, cette nuit-là » est une docu-fiction immersive en réalité virtuelle, d’environ 30 à 35 minutes, qui se vit au casque. À partir de témoignages et de mémoire personnelle, elle place le spectateur à l’intérieur d’une machine de contrôle — surveillance, enregistrement, autocensure — et lui fait éprouver ce qu’un corps y subit. Elle est construite en 3D temps réel et en Gaussian Splatting, et repose sur une interaction limitée : le spectateur agit, mais ses gestes sont aussitôt absorbés par la procédure.
Contexte
L’œuvre part d’un épisode récent de la mémoire collective sinophone, et de conditions qui contraignent encore la parole et le souvenir. Elle s’attache à ce qui vient après l’événement, à la part plus difficile à voir : la façon dont une procédure — un tampon, un formulaire, une lumière qui ne s’éteint pas, une attente — s’installe dans un corps et dans une mémoire. C’est cette part lente et administrative du contrôle qu’elle cherche à rendre tangible.
Intention
Ce que je cherche à toucher se tient après l’instant de violence : l’attente, l’enregistrement, la répétition, la posture imposée, la lettre que l’on réécrit encore et encore. Le pouvoir tient au tampon, au rapport, au calme d’une procédure qui ne s’arrête jamais. Je voudrais que le spectateur l’éprouve dans son corps — qu’il tienne lui-même le tampon, qu’il signale ou refuse, et qu’il mesure de l’intérieur comment la résistance s’use. Aucune issue n’est héroïque. À chaque geste, l’image, le son et l’espace se dégradent un peu plus autour de lui.
Synopsis
L’expérience suit deux femmes témoins, jamais nommées. Le spectateur passe par une succession de points de vue imposés. Il est d’abord au plus près d’une témoin — son arrestation, la fouille, la chambre dans la nuit, la rue. Puis sa position glisse vers ceux qui exécutent la procédure : agent administratif, interrogateur, gardien. Enfin il se retrouve dans la position du surveillé, sous une lumière qui ne s’éteint pas. À la table d’interrogatoire, on lui redemande ce qui s’est passé cette nuit-là, tandis que l’espace autour de lui se mue lentement en rue ; à l’instant où la scène est sur le point de se former, l’image s’éteint.
Dispositif et originalité
L’œuvre tient la mémoire pour un espace incomplet : il se forme, se rompt, se dégrade. Chacun des cinq espaces — l’appartement, la table administrative, le couloir, la chambre blanche, la rue — est reconstruit en Gaussian Splatting et en 3D temps réel, maintenu à la limite du visible : translucide, lacunaire, prêt à s’effondrer. Le récit est non-linéaire : il déplace le spectateur d’un point de vue à l’autre, et son interaction — tamponner, signaler, refuser, se soumettre — fait varier le degré d’usure de l’œuvre ; plus il insiste, plus l’image, le son et l’espace se dégradent. Le travail est né d’une collaboration : une écriture et une dramaturgie partagées, un accompagnement sur le dispositif immersif, et une recherche corporelle menée en résidence, puis transposée en 3D par capture de mouvement. L’image naît de la photogrammétrie et du Gaussian Splatting ; le son, spatialisé, se construit autour des témoignages — en chinois, sous-titrés en français et en anglais.
Crédits
- Conception, réalisation et écriture : Liu Guangli
- Accompagnement à l’écriture et à la dramaturgie : Gala Hernández López
- Conseil sur le dispositif immersif et l’expérience spectateur : Adelin Schweitzer (DELETERE)
- Assistante story-board : Zhang He
- Assistant 3D : Chen Zirui
- Assistant à la réalisation et conception sonore initiale : Yifan
- Recherche corporelle et interprétation (résidence Marseille) : Emma Terno
- Cadre chorégraphique et accueil en résidence : n+n Corsino — SCENE44, Marseille
- Composition musicale : Bai Li
- Montage et mixage son : Martin Delzescaux
- Production 3D / Gaussian Splatting : ONEI Studio
- Équipe technique : InVitro Media
- Production déléguée : DDA Contemporary Art (Constance-Juliette Meffre)
- Coproduction : Hunan Suiyi Cultural Communication Co. Ltd (Chine, soit ONEI Studio)
- Avec le soutien du CNC
- Remerciements : ESAM Caen/Cherbourg · Campid’Arte (Sardaigne)

Contact
Pour plus d’informations : ddacontemporaryart@gmail.com
EN — Presentation & Synopsis
Presentation. « J’y étais, cette nuit-là » is an immersive VR docu-fiction, around 30–35 minutes, experienced in a headset. Built from testimony and personal memory, it places the viewer inside a machine of control — surveillance, recording, self-censorship — and makes them feel what a body undergoes there. Made in real-time 3D and Gaussian Splatting, it rests on a limited interaction: the viewer acts, but each gesture is immediately reabsorbed by the procedure.
Synopsis. The experience is built around two semi-anonymous women witnesses. The viewer enters a series of preset points of view — first close to a witness (her arrest, the search, the room at night, the street), then on the side of those who carry out the procedure (clerk, interrogator, guard), and finally in the position of the watched, under a light that never goes out. At the interrogation table they are asked again what happened that night, while the space around them slowly turns into a street; the moment the scene is about to form, the image goes dark.

Liu Guangli
