Dans le cadre d’une mobilité de recherche à Bruxelles, Sandrine Llouquet développe sa recherche autour de Wunderkammer; conçu comme une constellation évolutive d’objets collectés, transformés et activés.
Ce projet fonctionne comme une archive vivante, où les objets ne sont pas des éléments figés mais des entités en circulation, susceptibles d’être réactivées, recomposées et réinterprétées dans différents contextes d’exposition ou de performance.
La rencontre avec Thy Truong Minh constitue une étape importante dans cette recherche. Son travail autour du permacomputing et du salvage computing propose une approche critique et écologique des technologies, fondée sur la réparation, le détournement et la réutilisation de composants électroniques. À travers ses expérimentations, il développe des formes de machines lentes, hybrides et narratives, qui interrogent à la fois la mémoire des objets techniques et leur potentiel de transformation.
Au cours de cette résidence, elle souhaite approfondir ces notions et expérimenter concrètement des processus de récupération et de transformation de matériaux électroniques, afin de les intégrer à sa pratique. Il s’agira notamment d’explorer comment ces fragments technologiques peuvent devenir les éléments constitutifs de nouvelles formes ou « créatures », dans une approche qui convoque à la fois des logiques écologiques et des imaginaires animistes.
Cette recherche s’inscrit dans une réflexion plus large sur les modes de relation aux objets et au vivant. En travaillant à partir d’éléments récupérés (circuits, composants, rebuts électroniques), elle s’intéresse à la manière dont ces matériaux peuvent être réinvestis, transformés et activés, jusqu’à acquérir une forme de présence. Cette démarche fait écho à certaines pratiques anciennes, comme les dagydes de l’Antiquité ou les poppets, où l’incorporation de fragments, souvent organiques, permettait de créer un lien symbolique ou « sympathique » entre les éléments.
Au-delà de l’apprentissage technique, cette mobilité représente pour elle un espace de dialogue et de transmission, permettant de confronter des approches artistiques, de nourrir une réflexion critique sur les enjeux écologiques contemporains et d’ouvrir de nouvelles perspectives dans son travail. Elle contribuera à enrichir le projet Wunderkammer en y intégrant des dimensions liées à la récupération technologique, à la mémoire des matériaux et à des formes de narration élargies.
Les connaissances et expérimentations issues de cette résidence seront ensuite réinvesties dans ses projets en cours et futurs, sous forme d’installations, de performances et d’ateliers, permettant de partager ces réflexions avec différents publics et de sensibiliser aux enjeux liés à l’écologie des technologies. Une présentation publique sera également organisée afin de restituer cette expérience et d’en partager les enseignements.
Le choix du train pour le trajet entre Marseille et Bruxelles s’inscrit dans une démarche cohérente avec les enjeux écologiques du projet. Ce temps de déplacement devient lui-même un espace d’expérimentation : elle souhaite utiliser cet intervalle (environ six heures) comme un atelier temporaire. Elle y initiera un travail de démontage d’objets électroniques apportés (téléphones portables et ordinateurs usagés), à partir d’instructions préalablement transmises par Thy Truong Minh, accompagné de prises de notes et de croquis. Ce processus lui permettra d’arriver à Bruxelles avec une première base de matériaux préparés, déjà engagés dans une dynamique de transformation.
Cette mobilité constitue ainsi une étape déterminante dans le développement de sa pratique, en lui permettant d’explorer de nouvelles méthodologies, de renforcer ses compétences et de situer son travail dans un dialogue européen autour des questions écologiques et artistiques contemporaines.
Mobilité organisée par DDA CONTEMPORARY ART en partenariat avec Thy artworks ASBL, Bruxelles, mai 2026 et soutenue par l’Union Européenne






